Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
L’éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 fait écho à l’un des dénouements les plus célèbres des Aventures de Tintin. La NASA a photographié la totalité depuis San Millán de los Caballeros, en Espagne. Dans Le Temple du Soleil, Hergé avait fait du même phénomène astronomique le moyen utilisé par Tintin pour sauver ses compagnons. La scène contient pourtant une inversion : la progression de l’éclipse est dessinée dans le mauvais sens pour une observation depuis le Pérou.
Paru en album en 1949, Le Temple du Soleil poursuit l’histoire commencée dans Les 7 Boules de cristal. Tintin et le capitaine Haddock partent au Pérou à la recherche du professeur Tournesol, enlevé après avoir porté le bracelet de la momie de Rascar Capac.
Les trois personnages finissent prisonniers et condamnés au sacrifice. Tintin connaît cependant à l’avance l’arrivée d’une éclipse solaire. Il choisit le moment de l’exécution de manière à faire coïncider le bûcher avec le phénomène et laisse croire qu’il peut ordonner au Soleil de disparaître.
Hergé fait ainsi de la succession des phases de l’éclipse un élément directement intégré à l’action. Le disque solaire se couvre progressivement, disparaît puis réapparaît tandis que le sort de Tintin, Haddock et Tournesol se joue.
Dans la séquence, la Lune recouvre le Soleil de droite à gauche. Pour la scène située au Pérou, la progression aurait dû être représentée de gauche à droite. L’erreur figure parmi les particularités astronomiques documentées de l’album.
Elle avait déjà été repérée du vivant d’Hergé. Un enfant lui avait adressé une longue lettre pour lui signaler cette inversion. L’éclipse du 12 août 2026 redonne une actualité particulière à ce détail graphique, alors que le phénomène constitue l’un des ressorts essentiels du dénouement imaginé près de huit décennies plus tôt.
L’inversion contraste avec les nombreuses recherches effectuées pour construire le cadre péruvien de l’aventure. Hergé s’est notamment documenté au musée du Cinquantenaire à Bruxelles, où il a étudié des objets précolombiens qui ont ensuite nourri plusieurs éléments graphiques de l’album.
Les décors du temple combinent plusieurs lieux réels : la forteresse de Sacsahuaman, le site de Tiahuanaco et le Machu Picchu ont servi de références. Le numéro de février 1938 du National Geographic Magazine a également fourni des éléments pour les costumes, les cérémonies et certains paysages.
Edgar P. Jacobs a participé à cette recherche documentaire. Il a étudié au Cinquantenaire des ouvrages consacrés à l’Amérique du Sud et aux Incas et a également posé pour certaines attitudes dessinées par Hergé.
Avant l’album, Le Temple du Soleil avait été publié dans l’édition belge du Journal Tintin entre le 26 septembre 1946 et le 22 avril 1948. Cette version comptait 75 planches au format à l’italienne. Hergé a ensuite réorganisé le récit pour l’adapter à la norme de 62 pages de l’album de 1949.
Ce travail a entraîné plusieurs suppressions, notamment une scène dans laquelle Haddock dessine Tintin à la craie sur un mur et une autre où le capitaine abandonne des pépites d’or qu’il avait placées dans ses poches. Les 75 planches de la publication originale ont été restaurées et réunies en 2014 dans La Malédiction de Rascar Capac, tome 2 : Les secrets du Temple du Soleil, coédité par Casterman et Moulinsart.
Crédit image : NASA/Bill Ingalls.