Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Dargaud a défini au 26 juin 2026 la sortie des Carnets de Blueberry – Tome 2, deuxième volume d’un format court consacré au travail de Christophe Blain et Joann Sfar autour du lieutenant Blueberry. La fiche officielle de l’éditeur confirme un album broché de 28 pages, vendu 13,95 euros, en grand format 235 x 310 mm, dans la collection Hors Collection Dargaud, avec l’EAN 9782205216530.
Le premier tome des Carnets de Blueberry est daté du 15 mai 2026 chez Dargaud ; le deuxième arrive donc à peine plus d’un mois plus tard. Pour une série patrimoniale aussi surveillée, ce rythme resserré dit quelque chose de la stratégie de l’éditeur : maintenir Blueberry dans l’actualité sans annoncer, pour l’instant, une nouvelle aventure complète.
Il faut bien distinguer ces Carnets de la série Une aventure du Lieutenant Blueberry. Le tome 2 attendu le 26 juin n’est pas présenté comme la suite directe d’Amertume Apache, mais comme un cahier permettant de découvrir des planches en noir et blanc, des inédits et un accompagnement éditorial. Le résumé officiel du premier volume évoque les premières planches de Christophe Blain, enrichies d’un texte de José-Louis Bocquet.
C’est cette position intermédiaire qui rend l’objet intéressant. Dargaud ne vend pas seulement une couverture ou un fragment d’archive : l’éditeur transforme le processus de création en publication. Pour les lecteurs attachés à Blueberry, la promesse est claire : voir comment Blain, avec son trait nerveux et très personnel, dialogue avec l’héritage graphique de Jean Giraud sans chercher à le reproduire mécaniquement.
Créé en 1963 par Jean-Michel Charlier et Jean Giraud dans Pilote, Blueberry occupe une place à part dans la bande dessinée franco-belge. Dargaud rappelle sur la fiche de la série Une aventure du Lieutenant Blueberry que le personnage n’avait plus connu de nouveauté depuis la mort de Giraud en 2012, avant que Christophe Blain et Joann Sfar ne proposent leur propre interprétation en deux volumes.
Ce contexte explique la prudence éditoriale. Une reprise de Blueberry ne peut pas être traitée comme une relance ordinaire : elle touche à un imaginaire fondateur du western en BD, à une signature graphique devenue mythique, et à une communauté de lecteurs particulièrement attentive aux écarts de ton. Les Carnets permettent précisément de déplacer le débat. Au lieu de juger seulement le résultat final, ils donnent accès aux étapes, aux choix de dessin, à la matière préparatoire.
Dargaud avait annoncé dès janvier 2018 que Christophe Blain et Joann Sfar travailleraient sur un Blueberry « vu par », dans la lignée d’un hommage d’auteur plus que d’une continuation mimétique. L’annonce décrivait alors une intrigue autour d’un forain d’origine allemande, propriétaire d’un automate joueur d’échecs, capable de menacer une paix fragile entre les Indiens et l’armée américaine. Cette piste a ensuite donné à la reprise sa tonalité : un western crépusculaire, mais filtré par deux auteurs contemporains.
Le choix de Blain n’est pas anodin. Auteur de Gus, Isaac le pirate, Quai d’Orsay et du best-seller Le Monde sans fin, il a construit une œuvre où le mouvement, le geste et l’énergie du dessin comptent autant que la narration. Avec Sfar, autre figure majeure de la bande dessinée française, la reprise prend donc la forme d’une lecture d’auteur, pas d’une restauration patrimoniale.
La publication de ces carnets rappelle une tendance forte du marché français : les grandes séries patrimoniales ne vivent plus seulement par leurs albums canoniques. Elles existent aussi à travers des intégrales, des éditions en noir et blanc, des dossiers de fabrication, des cahiers graphiques et des formats de collection qui s’adressent autant aux lecteurs qu’aux amateurs de dessin.
Dans le cas de Blueberry, cette logique a un intérêt particulier. Le personnage reste associé à une exigence graphique très élevée ; montrer le travail préparatoire de Blain revient à faire de la question du style le cœur même de l’actualité. C’est une manière de rappeler que le retour d’un classique ne se joue pas seulement dans la fidélité au scénario ou au décor western, mais dans la façon dont un auteur contemporain accepte de se mesurer à une légende sans disparaître derrière elle.
Le tome 2 des Carnets de Blueberry arrive donc comme un objet de complément, mais aussi comme un indicateur éditorial. Dargaud entretient la visibilité du Blueberry de Blain et Sfar, tout en capitalisant sur un lectorat curieux des coulisses et des éditions de travail. Pour les lecteurs français, l’intérêt est double : prolonger l’expérience de la reprise et observer, page après page, comment une icône de la BD franco-belge continue d’être travaillée plutôt que simplement commémorée.
Crédit image : couverture officielle des Carnets de Blueberry – Tome 2, Christophe Blain et Joann Sfar, © Blain / Sfar / Dargaud.