Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
En octobre 2017, Aimée de Jongh se rend dans un camp de réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, un carnet de croquis à la main. Neuf ans plus tard, cette expérience aboutit à deux publications françaises : Samir, un roman graphique de fiction, et Dessiner Lesbos, qui rassemble son reportage initial et des documents réalisés au cours de plusieurs séjours.
Les deux livres paraissent chez Dargaud le 9 octobre 2026. Leur histoire remonte toutefois bien avant cette sortie, à une enquête collective menée avec deux autres dessinatrices, puis à un travail documentaire poursuivi jusqu’en 2025.
En octobre 2017, Aimée de Jongh rejoint la dessinatrice belge Judith Vanistendael et l’illustratrice néerlandaise Mei-Li Nieuwland pour un reportage sur l’île de Lesbos. Les trois autrices visitent les camps de Moria et de Kara Tepe, où vivent des personnes réfugiées en attente de l’examen de leur demande d’asile.
La photographie étant interdite dans les camps lors de leur visite, elles utilisent leurs carnets pour représenter les lieux et leurs habitants. De retour chez elles, chacune développe son propre reportage dessiné.
Ce projet de journalisme graphique bénéficie du soutien du Fonds Pascal Decroos, organisme belge consacré au journalisme d’investigation. Le reportage de Judith Vanistendael paraît le 9 décembre 2017 dans le supplément du quotidien belge De Standaard. Les trois récits sont ensuite réunis sur le site du journal néerlandais NRC, le 16 décembre.
Celui d’Aimée de Jongh, intitulé De wachtkamer van Europa (« La salle d’attente de l’Europe »), paraît également dans l’édition papier de NRC le 23 décembre 2017. À travers 25 planches, elle représente notamment les conteneurs servant de logements, les familles rencontrées et les longues périodes d’attente dans le camp de Kara Tepe.
Une version anglaise, Europe’s Waitingroom, est ensuite publiée sur Drawing The Times, plateforme spécialisée dans le journalisme graphique. Ce reportage constitue aujourd’hui le noyau documentaire de Dessiner Lesbos.
Aimée de Jongh retourne sur l’île en 2024 et 2025. Elle y poursuit ses recherches, échange avec des personnes réfugiées et des habitants grecs, et réalise de nouveaux portraits. Ces rencontres alimentent la préparation de Samir, dont le personnage principal est fictif.
Cette période de création a également été suivie par la réalisatrice Catherine van Campen. Son documentaire Aimée & Samir, diffusé le 16 décembre 2025 sur la chaîne néerlandaise NPO 2, accompagne la dessinatrice dans son travail de terrain.
Produit par Elbe Stevens Films pour la NTR, ce film de 29 minutes montre notamment Aimée de Jongh recueillant des témoignages et réalisant des portraits qu’elle remet ensuite aux personnes représentées.
Le documentaire aborde aussi la place de l’artiste face aux personnes dont elle raconte l’expérience. La dessinatrice peut quitter librement Lesbos, contrairement à certains de ses interlocuteurs. Cette différence de situation nourrit ses interrogations sur la manière de transformer leurs récits en bande dessinée.
Le film permet ainsi de suivre une étape de la création de Samir plusieurs mois avant sa publication.
Dans Samir, Aimée de Jongh suit un jeune garçon syrien arrivé à Lesbos avec ses parents, Hasan et Ezra. La famille vit dans un camp de réfugiés, en attendant une décision administrative concernant sa demande d’asile.
Le quotidien du garçon est rythmé par les restrictions de déplacement, la promiscuité et les entretiens auxquels ses parents doivent se soumettre. Samir rencontre notamment Lida, une jeune Afghane avec laquelle il communique grâce à une application de traduction.
Le personnage de Samir n’est pas présenté comme le portrait d’un enfant réel. Dargaud qualifie le livre de semi-fiction, nourrie d’histoires vraies et des observations recueillies par l’autrice depuis 2017.
Cette utilisation de la fiction pour raconter une réalité documentée prolonge une démarche déjà présente dans Jours de sable, paru chez Dargaud en 2021. Aimée de Jongh y abordait la Grande Dépression américaine et le Dust Bowl à travers le parcours d’un photographe imaginaire. Samir transpose cette méthode à une situation contemporaine que la dessinatrice a directement étudiée sur le terrain.
Publié simultanément, Dessiner Lesbos ne constitue pas une version abrégée de Samir. L’ouvrage rassemble le reportage de 2017, accompagné de portraits de personnes réfugiées réalisés en 2017 et 2024. Des croquis et des photographies complètent ces documents.
Les deux publications correspondent ainsi à des formes différentes de récit. Samir développe une histoire autour de personnages fictifs, tandis que Dessiner Lesbos présente des travaux directement issus des séjours de l’autrice.
Le reportage connaît également une nouvelle publication aux Pays-Bas sous le titre De wachtkamer van Europa, chez Scratch Books. Cette édition néerlandaise compte 48 pages et possède une couverture souple.
La version française publiée par Dargaud se distingue par une présentation cartonnée, avec également 48 pages. Le titre change, mais le reportage de 2017 demeure au cœur des deux publications documentaires.
Les deux ouvrages paraissent le 9 octobre 2026 dans la collection Hors Collection Dargaud. Aimée de Jongh assure le scénario, le dessin et les couleurs.
| Caractéristique | Samir | Dessiner Lesbos |
|---|---|---|
| Nature | Fiction inspirée de faits réels | Reportage et documents |
| Pagination | 176 pages | 48 pages |
| Format | 177 × 248 mm | 170 × 208 mm |
| Prix public | 23 € | 10 € |
| Couverture | Cartonnée | Cartonnée |
Une particularité concerne Dessiner Lesbos : Dargaud annonce un tirage limité à 3 000 exemplaires. Cette limitation ne s’applique pas à Samir, qui figure également dans le catalogue jeunesse de l’éditeur, avec une indication de lecture à partir de 9 ans.
La version anglaise du reportage de 2017 reste accessible sur Drawing The Times. Elle permet de consulter les planches originales ayant précédé de neuf ans cette double parution française.
Crédit image : © Aimée de Jongh. Illustration officielle de Samir diffusée par Scratch Books.